Le laboratoire indépendant de la visibilité IA
Un chariot de supermarché connecté équipé d'un écran Shopic affichant le panier et le total en temps réel, rempli de fruits, légumes et produits, dans une allée de supermarché

Pendant des décennies, faire les courses n’a presque pas changé. On écrivait une liste, on remplissait son chariot, on passait en caisse. L’intelligence artificielle est en train de bouleverser chacune de ces étapes. Elle peut désormais préparer votre panier, reconnaître les produits que vous déposez dans le caddie, supprimer le passage en caisse… et, dans certains pays, vous faire payer d’un simple sourire. Cette révolution est déjà en marche.

Les courses commencent désormais… à la maison

Longtemps, faire les courses commençait devant le réfrigérateur ou avec une feuille de papier.

Aujourd’hui, l’IA peut déjà préparer votre panier avant même que vous ne quittiez votre domicile.

En France, l’application Jow compose automatiquement une liste d’achats à partir des recettes que vous choisissez. Vous sélectionnez un plat, l’application ajoute les ingrédients nécessaires et adapte les quantités au nombre de convives.

En 2026, Uber est allé encore plus loin. Son application est capable de transformer la simple photo d’une liste manuscrite en panier de courses prêt à être commandé.

Aux États-Unis, des assistants comme SmartMeals analysent les habitudes alimentaires, les préférences et le budget de leurs utilisateurs pour proposer les repas de la semaine… puis préparer automatiquement les achats correspondants.

Demain, il sera peut-être plus courant de valider un panier généré par une IA que de rédiger soi-même sa liste.

Le caddie devient lui aussi intelligent

Une fois arrivé au magasin, l’IA continue de vous accompagner.

À l’Intermarché de Provins, en Seine-et-Marne, certains chariots sont équipés depuis 2024 d’un boîtier développé par la start-up française Shopic.

Deux caméras reconnaissent automatiquement les produits déposés dans le chariot. Le montant des achats s’affiche en temps réel et, à la fin, il suffit de payer sans avoir à tout sortir sur le tapis de caisse.

Aux États-Unis, les chariots intelligents vont encore plus loin.

Les Caper Cart d’Instacart reconnaissent également les produits, mais se connectent aussi à la carte de fidélité du client. Ils proposent des promotions personnalisées selon le rayon où il se trouve, suggèrent des produits complémentaires et affichent des récompenses pour encourager certains achats.

Le chariot ne sert plus seulement à transporter les produits. Il devient un véritable assistant de courses.

Les rayons apprennent à vous connaître

L’intelligence artificielle ne se limite plus au caddie.

Dans certaines enseignes américaines, des robots baptisés Tally parcourent les rayons plusieurs fois par jour pour détecter les ruptures de stock ou les erreurs de prix.

En Chine, dans les magasins Freshippo du groupe Alibaba, chaque produit possède un QR Code permettant d’afficher son origine, sa fraîcheur, des recettes ou encore les avis des autres clients.

Pendant ce temps, en France, Carrefour déploie progressivement des étiquettes électroniques capables de modifier automatiquement les prix et de communiquer avec les smartphones des consommateurs.

Le magasin devient un environnement connecté où les informations circulent en permanence.

La caisse est en train de disparaître

C’est sans doute le changement le plus visible.

Avec les chariots intelligents, le passage en caisse devient déjà beaucoup plus rapide.

En Chine, certaines enseignes sont allées encore plus loin.

Dans les supermarchés Freshippo, des bornes équipées de caméras utilisent la technologie Smile to Pay d’Alipay. Le client regarde simplement la caméra, son visage est reconnu et son compte Alipay est débité automatiquement.

Plus besoin de carte bancaire.

Plus besoin de téléphone.

Plus besoin même de sortir son portefeuille.

Amazon avait tenté une autre approche avec ses magasins Amazon Go, où les clients entraient, prenaient leurs produits puis ressortaient sans passer par aucune caisse grâce au système Just Walk Out.

Mais en 2024, l’entreprise a finalement abandonné cette technologie dans ses supermarchés après avoir reconnu qu’une partie importante des achats devait encore être vérifiée par des opérateurs humains à distance — plus de 1 000 personnes, en Inde, chargées de visionner les vidéos.

La promesse était spectaculaire.

La réalité s’est révélée beaucoup plus complexe.

La vraie révolution est peut-être ailleurs

Toutes ces innovations donnent l’impression que l’IA facilite simplement les courses.

En réalité, elle change progressivement notre rôle.

Hier, nous choisissions chaque produit.

Aujourd’hui, l’IA nous suggère quoi acheter.

Demain, elle pourrait directement remplir notre panier en fonction de nos habitudes, de notre budget, de notre état de santé ou du contenu de notre réfrigérateur.

Nous ne ferions plus les courses.

Nous validerions simplement une proposition.

Jusqu’où sommes-nous prêts à aller ?

Cette évolution pose une autre question : celle des données personnelles.

Pour personnaliser les recommandations, reconnaître les produits ou proposer des promotions ciblées, ces systèmes collectent de nombreuses informations sur les habitudes d’achat des consommateurs.

L’Europe a choisi d’encadrer strictement certaines pratiques.

Depuis le 2 août 2026, le règlement européen sur l’intelligence artificielle interdit notamment la reconnaissance faciale à des fins d’identification dans ce type de contexte commercial. En France, la CNIL s’est également opposée à plusieurs dispositifs analysant automatiquement l’âge ou le genre des clients à des fins marketing.

Le paiement par reconnaissance faciale, déjà courant dans certains magasins chinois, ne pourrait donc pas être déployé en l’état dans les commerces français.

Une chose, en revanche, semble acquise : les courses de demain ressembleront de moins en moins à celles d’hier. L’intelligence artificielle n’est plus seulement un outil utilisé par les enseignes. Elle devient progressivement un compagnon de courses, présent avant, pendant… et bientôt après chaque passage au supermarché.

Questions fréquentes

Les caddies intelligents existent-ils déjà en France ?

Oui. L'Intermarché de Provins, en Seine-et-Marne, a équipé ses chariots depuis 2024 de boîtiers de la start-up française Shopic, dotés de deux caméras qui reconnaissent automatiquement les produits déposés. Le total s'affiche en temps réel et le client paie sans vider son chariot. D'autres enseignes, comme Carrefour, déploient des étiquettes électroniques connectées. La France reste toutefois en retard sur les États-Unis et la Chine.

Comment fonctionne le paiement par reconnaissance faciale en Chine ?

Dans les supermarchés Freshippo (groupe Alibaba), des bornes équipées de caméras utilisent la technologie « Smile to Pay » d'Alipay : la caméra reconnaît le visage du client, l'associe à son compte Alipay et débite le paiement, sans carte ni téléphone. Selon une enquête Mintel, une majorité d'acheteurs chinois se disent satisfaits de ce mode de paiement, et 41 % apprécient les magasins sans personnel.

Le magasin 100 % sans caisse d'Amazon a-t-il fonctionné ?

Pas comme promis. Le système « Just Walk Out » d'Amazon Go, présenté comme entièrement automatisé, reposait en réalité sur plus de 1 000 personnes en Inde qui vérifiaient les achats à distance. Jugé trop lent et trop coûteux, il a été retiré des supermarchés américains en 2024, au profit de chariots intelligents. La technologie subsiste dans des lieux plus petits comme les stades et aéroports.

L'IA peut-elle faire les courses à ma place ?

De plus en plus. Des applications comme Jow composent un panier à partir de recettes choisies, et un outil lancé par Uber en 2026 transforme la photo d'une liste manuscrite en panier de courses. Des assistants de planification de repas dopés à l'IA (comme SmartMeals aux États-Unis) remplissent automatiquement le panier selon les préférences de l'utilisateur. La frontière se déplace : l'IA ne vous aide plus seulement en magasin, elle achète pour vous.

Que dit la loi européenne sur ces technologies ?

L'Europe encadre strictement. Le règlement européen sur l'IA (AI Act) interdit, depuis le 2 août 2026, la reconnaissance faciale à des fins d'identification dans ces contextes commerciaux. La CNIL a par ailleurs jugé illégaux les écrans publicitaires qui scannent l'âge et le genre des clients sans leur consentement. Le paiement par le visage à la chinoise resterait donc, en l'état, hors-la-loi en France.